«De Darwin à Dawkins :
science et implications de la
sensibilité animale»
«From Darwin to Dawkins: the Science and Implications of
Animal Sentience»
Colloque du 17-18 Mars 2005 à Londres
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Programme : présentation des conférenciers |
Compte rendu de 1. L'événement, dans ses grandes
lignes
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Forum du CIWF à propos de la sensibilité animal |
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Commentaires en noir de David Olivier et en bleu d'Estiva Reus:
Sensibilité: fait de pouvoir ressentir les choses en général, percevoir la souffrance et le plaisir, les émotions, les pensées, les sons, les couleurs...
Il y a une dizaine de jours s'est déroulée à Londres une grande conférence sur le thème de la sensibilité animale. J'y étais, avec quelques autres antispécistes. L'événement nous a semblé important, et ce mail constitue un compte-rendu sur le sujet, à l'adresse des personnes intéressées à savoir ce qui s'y est passé - je crois que cet événement international concerne quand même beaucoup le mouvement en France comme ailleurs - et aussi pour mémoire à l'adresse de moi-même et des quelques autres d'entre nous qui y sommes allés.
Je voulais faire ce rapport rapidement après la conférence, pour avoir la mémoire fraîche, mais comme toujours cela a traîné ; ce que j'ai à dire des différentes interventions en pâtit un peu (des fois j'ai rien à en dire, je ne me souviens pas...), mais il y a pour beaucoup d'entre elles les enregistrements mp3 que j'ai faits, et que je fournirai à titre privé si on me les demande (environ 8Mo par intervention de 20 minutes). Si d'autres participants veulent compléter mes commentaires par leurs propres impressions et remarques...
1. L'événement, dans ses grandes lignes
Titre de la conférence : «From Darwin to Dawkins: the Science and Implications of Animal Sentience» («De Darwin à Dawkins : science et implications de la sensibilité animale»). Site Web : <http://www.ciwf.org.uk/education/international.html>.
La conférence se déroulait sur deux jours, le jeudi 17 et le vendredi 18 mars. Elle était organisée par le CIWF (Compassion in World Farming), l'association britannique «mère» de la PMAF (Protection Mondiale des Animaux de Ferme) française. Cette association, comme la PMAF, lutte pour un meilleur traitement des animaux dans l'élevage, sans explicitement remettre en question, en tant que telle, l'élevage et la consommation des animaux dans son principe.
Ont participé en tant qu'orateurs une trentaine de personnes, dont plusieurs «grosses pointures» comme Tom Regan ou Jane Goodall ; et entant que simples congressistes environ 600 personnes venues des quatre coins du monde (mais fort peu de Français !), malgré le prix d'inscription élevé.
Comme Français (que j'ai repérés), il y avait Sébastien Arsac, Florence Lobrecht, deux émissaires de l'INRA, Ghislain Zuccolo et une autre dame de la PMAF, Florence Burgat et une des étudiantes qui suit son séminaire à l'EHSS.
Il y avait là un mélange de militants d'associations plus ou moins radicales et d'universitaires et autres professionnels concernés à divers titres par la question du traitement des animaux ; vétérinaires, membres de commissions officielles de bien-être animal, un dirigeant de McDo, plusieurs membres de l'INRA(institut français officiel de recherche agronomique)... Le lieu aussi de la conférence était impressionnant : le Queen Elizabeth II Conference Centre, grand palais de congrès en plein centre de Londres, à deux pas de Big Ben et du Parlement, de Downing Street, de Buckingham Palace...
2. Le contexte, vu de chez nous, et pourquoi on y est allés
La sensibilité est :
- centrale du point de vue éthique ;
- une notion très problématique sur le plan scientifique.
Du moins, ce deuxième point est-il ce que moi-même et quelques autres antispécistes avons commencé à penser depuis deux ou trois ans. Et ce problème, celui du «rapport matière/esprit» («mind/matter» en anglais) nous est apparu non comme une simple curiosité scientifique, mais comme une question centrale dans la lutte antispéciste. Les objections fréquemment rencontrées dans les discussions avec les carnivores, style «cri de la carotte» ou à l'inverse «comment savez-vous que les animaux ressentent quelque chose?», traduisent cette difficulté à insérer la sensibilité dans la vision moderne de la réalité. Par ailleurs, il y a un problème réel pour une éthique non spéciste, qui est celui des limites : quels êtres sont sensibles, lesquels ne le sont pas ? Une mouche ou une fourmi sont-elles sensibles ? Et une huître ? Cela a amené à la publication d'un numéro entier des Cahiers antispécistes consacré au thème de la sensibilité. On peut lire à ce sujet la présentation du numéro 23, en <http://tinyurl.com/3pbe2>. Cela a aussi amené à l'idée d'une «Déclaration sur la sensibilité», projet de déclaration qui affirmerait, grosso modo, 1. que la sensibilité est une réalité objective, quelles que puissent être les difficultés rencontrées par la science actuelle pour en rendre compte, et 2. que ces difficultés ne doivent pas être invoquées pour écarter les implications éthiques que la sensibilité a chez tous les êtres où elle est présente. Ce projet est encore flou, mais l'idée est d'amener des personnalités scientifiques et philosophiques à se prononcer dans ce sens ; un peu à la mode de la Déclaration du Projet Grands Singes (cf. <http://tinyurl.com/68dn5>).
De manière un peu parallèle, est apparue, sous l'impulsion d'Antoine Comiti, l'idée du *sensibilisme* comme alternative à l'humanisme ; c'est-à-dire l'idée d'encourager et structurer un courant de société prenant en compte de manière de plus centrale la sensibilité, tant des humains que des autres animaux. Courant existant déjà dans la société (ex. la prise en compte plus grande aujourd'hui de la souffrance des malades et des nourrissons, les débats sur l'euthanasie humaine, l'attention grandissante dans la société envers le bien-être des animaux...), mais qu'il serait bon de rendre explicite en lui donnant un nom et de mieux fonder en théorie.
C'est dans ce contexte que nous avons appris à l'automne dernier l'annonce, pour mars, de la conférence du CIWF sur la sensibilité animale. Il n'était pas clair que cette conférence aborderait même un tant soit peu le problème du statut scientifique de la sensibilité, tel que nous en avons parlé dans les Cahiers. Mais du moins, son existence rendait explicite le caractère éthique central de la sensibilité. On allait parler des animaux, en mettant en avant, pour une fois, non la préservation des espèces ou l'écologie ou le caractère anti-naturel de l'élevage industriel ou encore un respect abstrait que nous devrions avoir pour «l'animal» en tant que proche de «l'homme», mais la sensibilité des animaux, c'est-à-dire la manière dont *eux* vivent ce qui leur arrive.
Nous avons pensé qu'il était important d'y être. D'une part parce que l'événement apparaissait significatif dans la perspective du sensibilisme. D'autre part parce que, même si le problème «mind/matter» n'était pas mentionné en tant que tel dans le programme de la conférence, il semblait clair que ce serait un bon endroit pour chercher un minimum de contacts et tâter le terrain, en particulier pour le projet de «Déclaration sur la sensibilité».
Estiva Reus a également eu l'idée de contribuer à la conférence par un «poster». Il s'agit de la possiblité ouverte aux participants de s'exprimer par un panneau, style 1m x 1m, qui reste affiché pendant la durée de la conférence. Nous avons donc décidé de rédiger un tel poster, sur le sujet de la sensibilité et de son statut scientifique. Il en est sorti en fait, outre le poster lui-même (cf. <http://david.olivier.name/mmam/img/poster.jpg>), un texte d'une quinzaine de pages explicitant nos positions sur le problème. Ce texte a été imprimé en 275 exemplaires et apporté au congrès en complément du poster. On peut le trouver aussi sur le Web, en <http://david.olivier.name/mmam/> ; il est en anglais, mais on trouvera aussi à cette adresse un brouillon du même texte en français. Nous l'avons écrit non seulement pour la conférence, en fait, mais plus généralement pour avoir une version en anglais de nos idées sur le sujet, pour pouvoir les diffuser au-delà du monde francophone.
3. La conférence elle-même
Jeudi 17, donc, vers 9h, j'ai retrouvé Estiva et d'autres camarades sur place. Estiva avait trimballé près de 15 kg de photocopiés - notre texte en 250 exemplaires - plus le poster, monté sur papier kraft. Malheureusement, il était tout abîmé par le voyage, et on a dû mettre en place in extrémiste la copie bis que j'avais amenée. C'était dans une salle annexe à la salle de conférence, là où étaient servis les rafraîchissements et la bouffe à midi. Il y avait tout plein d'autres posters, et le nôtre faisait un peu «rustique», sur papier simple, sans couleurs, sans grands dessins attreyants. Mais je crois qu'il a réussi à attirer les regards, par sa sobriété même, et par son sujet. Nous avons disposé au pied du panneau le tas de photocopies du texte. En fait, seule une cinquantaine peut-être ont été prises spontanément, et Estiva a distribué ce qui restait aux congressistes qui s'en allaient le soir du second jour. Mais n'anticipons pas.
3.a. L'intro
Vers 9h30 du matin, la conférence fut lancée, face à un grand amphithéâtre tout plein (600 personnes), par les chefs du CIWF. Du discours introductif de Joyce D'Silva, Directrice du CIWF, outre le tour rapide qu'elle a fait de l'état déplorable du bien-être animal dans le monde, je retiens le ton militant. Cette conférence, disaient-ils, étaient un événement marquant de notre époque («landbreaking» = «qui casse le paysage»), dans le sens de la prise en compte des intérêts des animaux.
J'avais pris mon mp3-enregistreur, et je m'en suis servi au cours de ces deux jours pour enregistrer la plupart des interventions auxquelles j'ai assisté (sauf à la fin, par manque de batterie :-(). Voici la fin de l'intervention introductive de D'Silva :
> Et j'espère vraiment que cette conférence inspirera tous d'entre vous qui êtes ici à porter le message au monde, au >sein de votre activité professionnelle, pour que la société en générale puisse entendre ce message. (...) Pour que nous >ayions un monde (...) où tous les animaux - les animaux de ferme, les animaux sauvages - puissent avoir une vie où ils >réalisent leur propre potentiel, et jouissent d'un état de bien-être aussi longtemps que possible.
Ce ton militant, et l'idée exprimée d'un grand élan que représentaient tous les participants à la conférence, tranchait un peu, je m'en suis rendu compte par la suite, avec le fait que très certainement, les végétariens eux-mêmes étaient minoritaires dans la salle. Il n'empêche : le passage ci-dessus va déjà clairement au-delà du simple fait d'éviter la souffrance aux animaux d'élevage ; l'idée de «réalisation du potentiel» des animaux dans leur vie implique quelque chose de positif pour les animaux, contient une critique plus ou moins implicite du fait même de les tuer, y compris sans souffrances. On se bat en France contre le foie gras, au nom des souffrances des canards, mais je crois que nous devons *aussi* mettre en avant le fait que ces oiseaux doivent pouvoir jouir d'une vie non seulement sans souffrances mais aussi positive, pour eux. On en est loin, dans les discours officiels français et même européens sur le sujet !
3.b. M.S. Dawkins et le «hard problem»
La parole est alors passée à Marian Stamp Dawkins, une des pionnières (si je ne me trompe) de l'étude du bien-être des animaux, et d'après laquelle a été nommée la conférence elle-même. Je m'attendais à ce qu'elle en reste à cet aspect, celui de l'étude pratique des préférences des animaux d'élevage quant à leur environnement. Ce n'est pas que cet aspect des choses soit négligeable, pour moi, bien au contraire, mais j'ai été agréablement surpris par le fait qu'elle ait largement mentionné le problème «mind/matter» et la difficulté à caractériser physiquement la sensibilité et à déterminer qu'un animal est sensible ; parlant à ce propos du «problème difficile» («the hard problem», selon la terminologie de David Chalmers), par opposition au «problème facile» qui est la détermination des structures nerveuses de traitement de l'information. Elle a brossé un historique, passant de Darwin qui admettait sans réserves la sensibilité animale, à des points de vue qui ont été dominants jusqu'à récemment et sont encore très en vogue, selon lequel les animaux ne sont pas sensibles, ou le sont d'une manière fort différente et bien moins significative que nous.
> Je crois
que la personne qui a le mieux formulé le problème est T.H. Huxley,
>le
champion du darwinisme, qui a dit : «Cela a à voir avec les systèmes
nerveux.
>Mais quant à savoir comment un bout de tissus nerveux peut
réellement donner naissance
>à une perception sensible, à une expérience
sensible, reste un mystère
>profond. Il y a là comme quelque chose de
magique.» Et je crois que Huxley avait
>raison. Même si nous en savons
beaucoup plus aujourd'hui sur le cerveau que n'en
>savait Huxley, nous
sommes encore face au même problème.
J'avais emmené aussi mon appareil photo, et j'ai pris des photos de bien des intervenants. J'en ai mis quelques-unes à disposition sur le Web, en <http://david.olivier.name/fdtd/>. Sur celles de M.S. Dawkins, on voit plusieurs de ses transparents. L'un d'eux parle de la thérie «HOT», selon laquelle en définitive les animaux non humains ne sont pas sensibles :
> Théorie HOT (Higher Order Thoughts
(«pensées d'ordre supérieur»), ou
> «pensées sur les pensées») (D.M.
Rosenthal, 2004)
> - La conscience n'est présente que si est
présente la capacité à > réfléchir aux processus de pensée
>
- Une telle réflexion implique le langage (la manipulation de symboles >
arbitraires) >
> - La plupart des animaux ne possèdent pas de
langage
> - La plupart des animaux ne sont pas sensibles (P.
Carruthers, 1989, 2000)
> «Il se peut que le type d'esprit
(«mind») que l'on obtient en ajoutant
> le langage diffère à tel point des
types d'esprit qu'on peut avoir
> sans langage que c'est par erreur qu'on
utilise pour les deux le même > mot «esprit».» Daniel Dennett, *Kinds of
Minds*, p.17
En réponse (si je comprends bien) à ce type d'argument, elle appelle à distinguer la simple sensibilité, le fait de ressentir un son ou une couleur ou une douleur, qu'elle appelle aussi la «conscience phénoménale», d'un niveau de complexité supérieur, celui de la «conscience d'accès» («access consciousness»), qui permet, par exemple, de réfléchir sur nos propres pensées. C'est, affirme-t-elle, ce premier niveau, celui de la simple sensibilité, qui importe, moralement.
Le transparent suivant, intitulé «Prendre la sensibilité animale au sérieux», nous dit :
> - La sensibilité est le «problème
difficile» : nous ne savons pas d'où elle vient ni ce qu'elle
fait
> - Pour avancer, il faut reconnaître les difficultés, et
répondre aux critiques
> - L'étude de la sensibilité
animale est un des domaines les plus passionnants et importants de toute
la biologie
J'ai eu le sentiment d'une convergence remarquable avec ce que nous-mêmes étions allés dire à cette conférence, à travers notre poster et le texte accompagnateur ; alors que nous pensions au départ être assez «décalés», nous étions en fait dans le vif du sujet ! Nous avons abordé Dawkins à la fin de la matinée, et nous lui avons donné notre texte. Nous n'en avons cependant pas vraiment discuté avec elle, et ne savons pas s'il en adviendra quelque chose.
En fait, hormis cette contribution de Dawkins, et un peu celle de Ian Duncan (cf. plus bas) il a été fait peu allusion au problème «matière/esprit» dans les interventions ultérieures. Certaines ont cependant bien porté sur cette question qui lui est fortement liée, celle des limites de la sensibilité ; cf. plus loin mes commentaires sur les interventions de J. Kirkwood et de D. Mellor.
Moi aussi c'est l'intervention de Dawkins (et en second de Kirkwood) qui m'ont semblées les plus proches de ce sur quoi on travaille. J'ai trouvé Dawkins remarquable parce qu'elle est en même temps sur deux fronts qui appartiennent en général à des spécialistes différents : ceux qui blablatent sur les techniques concrètes pour mesurer le bien-être et les préférences et ceux qui travaillent sur mind-matter. Et parce qu'elle a les deux côtés, elle a conscience que la reconnaissance de la sensibilité animale n'est pas quelque chose de déjà gagné (grâce à la neurobiologie, les sciences du comportement etc.). Elle sait où est la difficulté, et donc j'ai été très contente de "faire la connaissance" de quelqu'un qui est capable d'orienter le "programme de recherche" vers les bonnes questions.
3.c. Jane Goodall
Jane Goodall était l'invitée vedette. Discours sympathique, où, si je me souviens bien, elle a dit être végé. En fait, je ne me souviens pas de grand chose de ce qu'elle a dit, à part cela et l'imitation qu'elle a fait du cri des chimpanzés ; et sa défense des animaux et de leur bien-être. Je crois pourtant qu'elle a dit des choses intéressantes, mais j'ai la flemme de réécouter le mp3.
N'empêche, c'est quelque chose que d'avoir vu une célébrité comme Jane Goodall à quelques mètres, en chair et en os !
La BBC était là pour filmer la vedette. Rien à voir du tout pour le style avec Dawkins, mais extraordinaire aussi dans son genre. Elle ne parle pas de ses recherches (45 ans passés à étudier les chimpanzés) comme on parle de compte-rendus scientifiques. Elle parle des animaux, de ses rapports avec des animaux, comme de rapports de personne à personne. Elle le fait en émaillant son propos d'histoires qui sont arrivées (You love stories don't you ?") , à elle ou à d'autres; avec une voix douce d'un beau timbre, elle fait passer l'émotion, l'émotion éprouvée par les animaux, et l'émotion ressentie à leur contact. Elle parle des singes bien sûr mais aussi d'histoires toutes simples arrivées dans son enfance avec une poule ou un cochon, les mêmes qui vont sont arrivées à vous. Elle communique le désir de faire un monde meilleur pour les êtres sensibles. Elle dit aimer faire l'analogie entre ce qu'on inflige aux animaux et l'esclavage; elle dit "il faut apprendre aux enfants que c'est mal de manger de la viande". Elle raconte l'histoire du chimpanzé Jojo qui était sur le point de se noyer, et de l'humain qui a plongé pour lui sauver la vie. Quand on a demandé à l'homme pourquoi il avait sauté, et s'il n'avait pas eu peur d'un animal si puissant, l'homme a répondu simplement qu'il avait lu dans les yeux de Jojo la supplication "Personne ne m'aidera ?". Jane enchaîne en disant qu'elle a vue beaucoup d'yeux dire ça, et que c'est peut-être sentimental, mais qu'elle croit qu'il faut plonger et sauver. Moi qui ne remarque jamais le physique des gens, ça m'a surprise en la regardant de penser qu'elle était très belle avec ce visage si calme et ses cheveux gris. Finalement, ce qui était le moins fort c'est quand elle a parlé du gâchis d'espace utilisé pour l'élevage, des antibiotiques donnés aux animaux... Le moment où Jane cessait de raconter ce qu'elle avait vécu avec les animaux et appris d'eux pour devenir le tract standard pour le végétarisme (d'avant la VP).
C'est un peu un des problèmes de toute la conférence : beaucoup d'interventions se succédant sans beaucoup d'interruptions, avec comme résultat d'oublier pratiquement tout, sauf les choses qu'on a ressenties comme les plus marquantes.
3.d. Irene Pepperberg et son perroquet
Je me souviens seulement du fait qu'elle a parlé de son perroquet Alex, et de ses remarquables capacités linguistiques. Il semblerait bien que les perroquets, contrairement à leur réputation, soient tout à fait capables d'apprendre un minimum de langage articulé, en lui donnant un sens. J'ai le mp3, mais là aussi j'ai la flemme de réécouter tout.
Je comprenais très mal (je comprends pas l'anglais oral surtout quand c'est de l'américain). De ce que j'ai retenu : - elle a utilisé comme repère les étapes du développement mental de l'enfant humain, et constaté que les perroquet passaient par des étapes similaires. Par exemple ,au début un enfant ne comprends pas qu'un chose puisse avoir deux caractères en même temps (si c'est rond c'est pas vert), et après si. - elle a cherché à comprendre quels étaient les facteurs qui facilitaient l'apprentissage et pourquoi (par exemple le rôle important que joue le fait de faire faire l'exercice par des "démonstrateurs" devant le perroquet) - les perroquets non seulement apprennent des mots en les comprenant mais maîtrisent des concepts abstraits comme "même" et "différent", comptent visuellement plus vite que nous. Alex a utilisé spontanément le mot "none" pour qqch dont il y a zéro exemplaires présents. - Elle a conclu que l'intelligence d'un perroquet est proche de celle d'un enfant de 5-6 ans et parlé du fait que les aires du cerveau qui font le boulot ne sont pas les mêmes pour les zozios que les humains. A la fin je crois (?) qu'elle disait que quand on sait tout ce que pensent les perroquets, on se rend compte du drame que c'est de les laisser inactifs sur un perchoir attachés à une chaîne. Et elle a parlé de X qui a conçu des jeux vidéo pour perroquets. En même temps on voyait un film où un perroquet regardait un écran tactile et s' amusait à faire bouger les images avec son bec.
3.e. Ian Duncan
Il était malade, c'est une de ses étudiantes qui a lu son papier. Il a fait un historique
3.f. Donald Broom
Intervention dont je me souviens peu. J'ai le mp3 (peut-être incomplet).
Le thème c'était l'évolution de la moralité, et une approche biologique de la moralité et de la religion. De ce que j'ai compris, c'était un discours extrêmement prévisible sur ce qu'on dit à ce sujet quand on utilise pour principal support la sociobiologie (altruisme réciproque, coopération, les sentiments sont des fonctions biologiques, etc).
3.g. Peter Sandøe
C'est un philosophe danois, qui enseigne l'éthique à des étudiants vétérinaires et agronomes danois, et membre de comités de bien-être animal dans l'élevage. Ce que je retiens surtout c'est la critique qu'il a faite de l'utilisation pratique de la science pour refuser d'admettre la souffrance animale. Il a pris comme exemple type celui du foie gras, citant un texte de l'INRA (Guéméné) affirmant que les canards gavés ne souffrent pas. Ça faisait plaisir !
Celui-la je comprenais rien du tout quand il parlais, je lisais les transparents et ça avait l'air bien, en particulier le questionnement sur la science (est-ce que les scientifiques se préoccupent du bien-être ? Pas forcément. La science suit sa propre logique de développement; les scientifiques reflètent les valeurs de leur société. Les scientifiques regardent le bien-être avec des oeillères méthodologiques. Il a dit me semble-t-il (?) que nous prenons peut-être la science trop au sérieux, et qu'il est nécessaire de l'encadrer par des questions qui viennent de la philosophie et peut-être de s'appuyer davantage sur le sens commun. (En même temps c'était pas non plus le discours anti-scientifique primaire) A la fin on lui a demandé de nous envoyer le texte de son exposé et il a dit oui, espérons qu'il n'oubliera pas.
3.h. La bouffe.
Elle se faisait debout dans la même salle où étaient les posters. Beaucoup de monde. Bouffe végé, avec option végane, assez bonne, bien que je ne m'en souvienne pas vraiment en détail. La pause repas était assez courte ; du fait qu'elle se fasse debout, ce n'était pas vraiment un moment de grande convivialité. Nous nous retrouvions entre quelques français pour papoter, mais j'ai eu le sentiment d'une certaine difficulté à discuter calmement pour savoir où nous en étions.
Et en plus, le fait de discuter se payait par une privation de dessert parce que quand on arrive trop tard, il reste plus de salade de fruits, rien que des gâteaux pas vegan. Par contre c'était super bien pour le café et thé à volonté et les gens très gentils qui le servaient. Bon d'ac, ces détails ne sont pas essentiels.
3.g Après-midi, première partie
L'après-midi était consacré à des sessions parallèles. Des quatre interventions auxquelles j'ai assisté, je n'ai pas retenu grand chose. C'était sur les cétacés (Mark Simmonds), les ours (Victor Watkins), les animaux élevés pour la fourrure (Ros Clubb) et les éléphants (Iain Douglas-Hamilton). J'ai les mp3 pour la première et la dernière des 4.
Je me souviens tout de même des séquences sur l'élevage pour la fourrure. Un certain nombre de pays ont été cités où cet élevage est interdit (ou fortement restreint). J'ai posé la question, qui à mon sens prend une importance croissante, du fait que les pays qui interdisent une pratique comme l'élevage pour la fourrure n'interdisent pas pour autant l'importation des articles produits par le même procédé, en l'occurence l'importation de la fourrure. Cela en fonction des règles de l'OMC (ou de leur interprétation), qui interdisent d'interdire l'importation d'un article en fonction du procédé de fabrication, acceptant seulement que l'on impose des règles concernant la qualité du produit lui-même. Une sorte de prohibition à l'encontre de l'éthique, en somme. Il m'a été répondu que c'était en effet une préoccupation centrale du CIWF.
Le CIWF appelle à l'interdiction (par l'UE, je crois) de l'importation de fourrures depuis la Chine, suite aux vidéos d'horreur qui montrent les conditions de tuerie des animaux en chine.
Sur les baleines, encore des infos agréables : les baleines meurent très lentement. Il est difficile de tuer une baleine, à cause de sa taille et de l'épaisse couche de graisse ; difficile de l'achever. Se font donc dépecer vivantes.
3 g' Après-midi première partie.
Pendant que David (et Flo ?) s'instruisai(en)t sur les animaux sauvages, Seb et moi on était à l'autre séance parallèle qui était consacrée aux animaux de ferme. J'ai pas mal de notes, mais là il se fait tard, alors j'abrège. Les intervenants étaient plutôt des scientifiques praticiens qui naviguent dans le domaine des études appliquées à l'élevage.
- Edmond Pajor a présenté les indicateurs utilisés pour étudier la sensibilité animale (les tests de choix, les tests d'aversion, les tests qui mesurent l'intensité avec laquelle un animal désire qqch par le "prix" qu'il est prêt à payer pour l'avoir...)
- Dan Weary a traité du sujet "Reconnaître et éviter la douleur chez les animaux" (lui aussi dans la position de quelqu'un dont le travail est de donner des conseils pour aménager l'élevage, avec une bonne connaissance de comment ça se présente en pratique). Il a donné en particulier l'exemple de la castration des porcelets. Il a dit qu'on a les moyens de prouver que c'est la castration qui fait mal et non la manipulation qui fait crier les porcelets, et de plus que c'est un exemple où modifier la procédure (changer l'âge de castration) n'apporte pas d'amélioration.
- Per Jensen (ethologue suédois) a posé la question de savoir si la domestication (qui a commencé il y a 15 000 ans) modifie le comportement. Est-il vrai que les animaux domestiques se sont adaptés aux conditions dans lesquelles on les élève ? La réponse a été qu'il y a effectivement certaines transformations, mais que globalement les animaux domestiques gardent les comportements de base de leurs ancêtres sauvages (une truie domestique libérée fait un nid pour ses petit comme une laie).
- Marek Spinka a parlé de la nécessité de tenir compte des effets à court terme et aussi à long terme. Par exemple, il est bon que les cochons jouent parce que les cochons joueurs sont moins agressifs les uns envers les autres. Mais le caractère joueur de développe plus ou moins selon les conditions de vie des porcelets avant le sevrage. Il a parlé de la séparation de la vache et du veau (avec une courte vidéo qui montrait le désespoir de la vache séparée du veau). Les études montrent que l'intensité et durée de la peine pour la mère et l'enfant est plus grande si la séparation a lieu 4 jours après la naissance plutôt que tout de suite. Mais un veau séparé de sa mère à 4 jours est plus joueurs qu'un veau séparé à la naissance, or le jeu est bénéfique pour le développement du veau. Bref, il a bien exposé le genre d'études qui peuvent être utiles une fois qu'on a admis que de toutes façons le veau doit être séparé de sa mère puisque l'élevage est ainsi fait.
3.i. Andrew Linzey et les sept arguments contre les animaux.
Andrew Linzey, prêtre anglican, est connu comme un des plus actifs défenseurs des animaux au sein de la religion chrétienne. La religion chrétienne m'est antipathique en général, principalement en raison de son attitude très hostile aux animaux non humains ; attitude désastreuse au cours de l'histoire, et encore aujourd'hui. Mais les chrétiens qui ne partagent pas cette attitude et au contraire luttent pour les animaux, je les trouve au contraire bien sympathiques. C'est le cas de Linzey.
Il n'a en fait pas beaucoup parlé de religion. Il a surtout énuméré sept arguments souvent avancés pour justifier l'exploitation des animaux, et montré que chacun des sept, pour autant qu'il vale quelque chose, tend plutôt à *augmenter* qu'à *diminuer* notre solicitude envers les animaux.
Cf. les transparents dans les photos que j'ai prises :
> 1. Vulnérabilité
> 2.
Non-compréhension
> 3. Non-consentement
> 4.
Incapacité à s'exprimer
> 5. Absence d'âme
> 6.
Innocence
> 7. État de dépendance
Avec sa conclusion :
> Lorsqu'on les analyse avec impartialité, les «différences» (dans
la mesure où elles sont moralement pertinentes) vont en faveur des
animaux.
> Elles renforcent, plutôt qu'affaiblir, les raisons de
notre solicitude morale envers eux.
C'est le genre d'argumentation que j'aime bien, non que je croie que ces arguments valent forcément eux-mêmes (par exemple, l'idée que les animaux n'ont pas d'âme immortelle), mais parce qu'ils prennent nos opposants à leur propre jeu, mettant le doigt sur l'incohérence patente de leurs argumentations (s'il est vrai que les animaux n'ont pas d'âme immortelle, alors leurs souffrances ne peuvent être compensées par le bonheur au paradis et sont d'autant plus inacceptables ; et il est d'autant plus important qu'ils aient une vie heureuse et longue).
J'avais cependant envie de cuisiner un peu Linzey sur sa position par rapport au dogme chrétien, et aux difficultés structurelles qu'a le christianisme à prendre en compte les animaux. Il m'a fait une réponse courte, renvoyant à son livre (récent ?), qu'il m'enverra. J'ai eu l'impression qu'il avait effectivement fait un travail intéressant de redéfinition des bases de cette religion. À suivre.
Linzey m'a plu (comme ça l'impression d'un contact de 2 mn). Pas tellement à cause de ce qu'il a dit pendant son exposé, qui était bien mais ne m'apprenait pas grand chose. Parce qu'il était simple et souriant quand on est allé lui parler . Il me semble qu'il serait disposé à discuter de ce dont David avait envie de lui parler, qu'il a aussi envie de partager ce qui lui passe par la tête. A un moment, il a commencé à dire "Ah mais vous savez, même la théologie évolue...". Puis c'était la fin de la pause, donc rien. Du coup c'était pas seulement pour être polie que j'ai essayé de dire que je ça me faisait plaisir qu'il propose de nous envoyer son livre. J'ai envie d'en savoir plus sur ce qu'il pense comme théologien.
3.j. Mahfouz Azzam et la langue de bois
Une militant pro-animaux égyptienne avait dégotté un professeur d'islam pour parler du statut des animaux dans cette religion. Le monsieur nous a en fait administré vingt minutes de propagande faite de citations du prophète. Tout va bien, l'islam est OK pour les animaux. Je pense que le monsieur n'avait aucune motivation réelle par rapport aux animaux, et n'a fait que défendre sa religion. La militante égyptienne aurait mieux fait de parler elle-même, sans doute.
Une militante austalienne s'est sentie énervée, et a posé la question des exportations de moutons d'Australie, exportés vivants sur de longues distances, dans des conditions souvent effroyables, pour être abattus dans les pays musulmans. En demandant que le professeur prenne position à l'encontre de cela. Il fut impossible d'obtenir une réponse, tout comme sur le fait de savoir si l'islam interdit réellement l'étourdissement des animaux avant leur égorgement.
3.k. Song Wei et la Chine
Un gros morceau, que la Chine ! L'intervention de Song Wei fut intéressante, et m'a laissé un peu plus optimiste quant à l'avenir du mouvement pro-animaux en Chine ; si ce n'est que parce que j'avais un militant chinois devant moi. Mais pour en dire plus, il faudrait que je réécoute le mp3, et pas trop le temps ce soir.
Si, je viens de retrouver mes notes. A dit qu'il n'y a pas de lois sur le bien-être animal en Chine. Et peu de gens qui s'en soucient. A parlé de quelques horreurs qui s'y passent, style combats d'animaux et consommation d'animaux encore vivants. La protection animale est obligée d'utiliser le biais de l'écologie (protection des animaux «nobles» comme le koala, «menacés» en tant qu'espèce) pour avoir le droit de s'exprimer et agir (donc, si je comprends, bien, la préoccupation pour les animaux n'est pas simplement absente de la population ; elle est interdite d'expression ; ce qui tend à signifier qu'elle pourrait bien être tout à fait présente, si on ne l'interdisait pas !).
3.l. Steven Wise
Je passe de même sur l'intervention de S. Wise. Bien que ce soit un monsieur célèbre lui aussi, publié même dans les Cahiers antispécistes ! Je n'ai que le début de son intervention en mp3. Ah d'après mes notes : a parlé des animaux comme d'esclaves. Effectivement, dans son livre (Rattling the Cage), il fait bien cette comparaison, avec la libération des esclaves noirs aux États-Unis.
Wise s'est placé essentiellement dans une optique de juriste. Je crois que sa façon de raisonner c'est "sachant ce qu'est la culture des juges (et plus généralement les valeurs de notre société), qu'est ce qui peut le mieux marcher pour que le droit et les jugements intègrent les intérêts des animaux ?" C'est la notion d'autonomie, pense Wise, qui fonde l'adhésion aux droits de l'homme, c'est une notion centrale de la pensée occidentale. Donc, il fait creuser dans la direction de montrer que les animaux sont des êtres autonomes, parce qu'ils ont des désirs, peuvent agir intentionnellement... Il a aussi évoqué deux autres valeurs essentielles de notre droit : la liberté et l'égalité.
3.m. Le soir du premier jour
J'ai vu que c'était bien, mais j'avais aussi un peu un sentiment de malaise. Beaucoup d'infos avaient défilé, un niveau général élevé, mais avec fort peu de discussion et de confrontation. Ça tenait aussi au fait que les moments où la salle pouvait intervenir et poser des questions étaient en fait très réduits ; parfois dix minutes à la suite d'un groupe de 4 interventions, parfois rien du tout pour cause de dépassement d'horaire. J'avais envie que les choses aillent un peu plus loin. Ça me mettait mal à l'aise d'entendre beaucoup de gens parler des conditions d'élevage et de la recherche de solutions pour que cet élevage soit possible dans de bonnes conditions de bien-être, sans mentionner le fait qu'on peut aussi ne pas les élever. Comme si le discours welfarist, que j'approuve en soi, interdisait quelque part de mentionner la possibilité d'abolir l'exploitation elle-même. Ce n'était pas un verrouillage absolu - le buffet végé constituait une sorte de déclaration muette en faveur de l'abolition - mais c'était quand même un sentiment que je sentais assez fortement.
Moi je dois dire que j'ai pas trop senti l'interdit. Il y avait parmi les intervenants des gens qui disaient, et dont il est de notoriété publique qu'ils sont pour l'abolition de l'exploitation, contre le carnivorisme (Regan, Linzey, Bekoff...), il y avait des gens tendance CIWF officiel (aménager l'exploitation pour que les animaux vivent dans de meilleurs conditions), des gens dont le travail est de trouver la meilleure façon de couper les dents des porcelets, des universitaires dont je ne saurais dire quelle est leur position. Je voyais surtout l'intérêt qu'il y ait ce cadre où ces différentes populations pouvaient être entendues simultanément, l'intérêt qu'elles puissent s'influencer les unes les autres du simple fait qu'elles apprennent comment pensent les autres. Il est vrai qu'il y avait peu de temps pour les questions ( pour la masse de questions qu'on aurait aimer poser vu la richesse des exposés). Mais bon, c'est le prix à payer pour bénéficier en deux jours de ce bombardement intensif d'informations sur des recherches de tous ordres. Faut dire que j'aime bien justement cette juxtaposition d'exposés tous très denses, même si on n'enregistre qu'une toute petite partie (surtout si on comprend pas l'anglais).
3.n. Tom Regan
Le lendemain, première intervention, en séance plénière : Tom Regan. Discours «droits des animaux», abolitionniste, donc, mais aussi assez convenu. Passionné par moments, mais en même temps, donnant l'impression d'une mécanique bien huilée. Et pas quelque chose qui allait enclencher, justement, une discussion, une confrontation avec différents points de vue.
Bien noté le fait qu'il caractérise les droits, base de son éthique, comme étant analogues à un panneau «défense d'entrer, de dépasser cette limite» («no trespassing sign»). Ce qui me confirme que cette conception déontologiste de l'éthique vise à séparer les individus ; alors qu'à mon sens, l'éthique devrait consister au contraire à les réunir, à nous amener à agir sans considération de la frontière entre nos intérêts et ceux des autres.
Noté aussi qu'il semble maintenant étendre la notion de sujet-d'une-vie (les individus qui ont des droits) d'emblée à tous les mammifères, oiseaux et poissons. Alors qu'avant il était plus prudent, parlant seulement des mammifères de plus d'un an comme cas certain de sujets-d'une-vie.
Je me suis aussi dit qu'à partir de ce qu'il disait, on pouvait bien aussi argumenter, par exemple, à l'encontre de la prédation. J'ai donc formé l'idée d'aborder cette question lors de la séance de questions ; cf. plus bas.
3.o. James Kirkwood et le règne animal
Titre de son intervention : «La répartition de l'aptitude à la sensibilité dans le règne animal». Problème on ne peut plus important, en raison de l'énorme nombre des individus tels les insectes dont nous ne savons pas s'ils sont sensibles.
Problème dont il était important qu'il fût au moins abordé, indépendamment de la conclusion ; pour au moins simplement donner l'idée aux congressistes de la grande diversité des formes vivantes, et du fait que les animaux, ce n'est pas seulement les vaches et les cochons.
J'ai aussi beaucoup apprécié la conclusion : nous sommes face à des décisions difficiles, type «allocation des ressources», sans avoir toutes les billes pour décider. Nous ne savons pas réellement si beaucoup d'animaux sont sensibles. Pourtant, il faut bien, modestement, avec hésitation, prendre ces décisions.
Il n'a pas vraiment dit quelles étaient les animaux sensibles et non sensibles, mais je trouve qu'il a posé les problèmes de manière intéressante. Je traduis à partir du résumé de son intervention dans le livret donné aux congressistes :
> La question de savoir quelles espèces sont sensibles est
difficile.
> Chacun de nous sait que lui ou elle-même est sensible. Les
premières
> molécules réplicantes à partir desquelles la vie a évolué sur
la
> planète n'étaient pas sensibles. La sensibilité est apparue
clairement
> au moins une fois dans l'évolution, mais il n'est pas clair à
quel
> moment. Peut-être qu'elle est relativement récente et
présente
> seulement chez nos cousins proches, ou au contraire peut-être
qu'elle
> est apparue il y a très longtemps et sa répartition est bien
plus
> large. Peut-être que, comme l'oeil, elle est apparue
indépendamment
> dans différentes lignées.
> > Le bénéfice du
doute devrait être étendu aussi loin que possible, mais
> en pratique nous
devons tracer des frontières, et de fait c'est ce que
> nous faisons. Il
reste difficile de placer ces frontières avec
> confiance. Cependant, des
avancées spectaculaires se font dans la
> compréhension des bases neurales
de la sensibilité. Les données
> disponibles indiquent qu'elle dépend du
fonctionnement de composantes
> hautement organisées et complexe du
cerveau. Peut-être qu'une
> compréhension en ressortira de ce qui
constitue les conditions
> minimales de la conscience ; ceci nous aidera
alors peut-être à
> prendre des décisions informées à propos de la
distribution de la > sensibilité.
Il a aussi cité un livre au titre alléchant : Nieuwenhuys, titre appriximatif «Anatomie comparée de la neurologie des vertébrés» (1998). Oui, alléchant. Parce que même si cela semble un sujet abscons et spécialisé, il me semble que la neurologie, l'étude en particulier de l'anatomie et du fonctionnement neurologique de notre cerveau, doit être passionnant et important pour comprendre la sensibilité (sans pour autant receler non plus la clé du pb physique fondamental, mais c'est une autre histoire). Et que dans notre bagage minimum il devrait y avoir la connaissance des similitudes et différences entre animaux - et pour commencer, entre vertébrés - sur ce plan-là. Je dis ça sans avoir moi-même encore approfondi la question. Heu je viens de le chercher sur le Web, ce bouquin : «The Central Nervous System of Vertebrates», 1823 euros les trois volumes. Un peu cher pour moi. Mais ce serait bien quand même de trouver le moyen de se documenter sur le sujet.**
J. Kirkwood me semblant intelligent et sympathique, et comme son sujet touchait pas mal au nôtre, Estiva et moi lui avons donné un exemplaire de notre texte. Pour le moment, nous n'en avons pas de nouvelles.
En fait si. On a donné notre texte. Et le miracle a failli avoir lieu. A un moment, je passe dans le hall devant l'amphi (un moment où il n'y avait pas trop de monde, où on aurait pu parler). Et Kirkwood me dit qu'il a commencé à lire notre texte et qu'il le trouve très bien. Et là, le désastre : pas de Flo, pas de David a proximité. Un peu après, David est passé, et a échangé quelques mots avec lui, puis je sais plus pourquoi il est reparti vers autre chose. Et le résultat c'est que j'étais là avec James Kirkwood, l'un de ceux dont l'exposé se rapprochait le plus de mes préoccupations, et que je ne pouvais pas lui parler. En fait j'ai bien essayé, mais je suis incapable de dire un truc un peu construit en anglais. Même quand j'ai voulu lui dire pourquoi ce qu'il avait exposé m'intéressait, c'était pas vraiment ça. Et le résultat pitoyable c'est qu'on en est resté plantés à se dire mutuellement la banalité "j'aime beaucoup ce que vous faites", point final. Alors qu'il était là, devant moi, l'un des potentiels appuis ou conseillers pour la "déclaration sensibilité" et tout simplement quelqu'un dont j'aurais beaucoup aimé en savoir plus sur ce qu'il pense, et que j'aurais jamais plus l'occasion de le rencontrer. Moralité : les jeunes, apprenez à parler anglais.
3.p. David Mellor et la non-sensibilité des foetus
Au moins celui-ci est-il arrivé à une conclusion précise ! Sa thèse est que les foetus de mammifères (placentaires - donc excluant les marsupiaux et les ornithorynques) ne sont pas sensibles avant la naissance. Ceci est vrai, dit-il, même si tout l'équipement neurologique de la sensibilité est en place. C'est qu'un certain nombre de mécanismes (pauvreté en oxygène, température...) maintient le foetus en état de sommeil. Il ne s'éveille que quelques minutes après la naissance.
Cette argumentation contre l'argument selon lequel un prématuré humain né à 7 mois de gestation est clairement sensible, et donc que le foetus à 7 mois est forcément aussi sensible. Les deux ont effectivement le même équipement nerveux, mais le second, selon Mellor, est simplement en état de sommeil constant.
Argumentation assez convaincante, pour ce que je peux en juger. À un petit hic près, qui est qu'il parlait du fait que les foetus en question, endormis, semblaient manifester des phases de sommeil paradoxal («REM»), qui, si je ne dis des blettises, correspond classiquement à des phases de rêve. Or le rêve, me semble-t-il, est une période consciente, même si elle est endormie !
Si les thèses de D. Mellor étaient confirmées, cela impliquerait, à mon sens, que l'avortement devrait être permis jusqu'à la limite de la naissance. J'ai papoté avec Mellor après son intervention, et il m'a dit un peu effrayé qu'il n'avait pas de position sur l'avortement. Bon, comme quoi les scientifiques des fois n'aiment pas trop s'engager !
Retrospectivement aussi ça me semble un peu bizarre de lire que Mellor a pas mal pratiqué des expériences sur animaux pour arriver à ses conclusions ; des expériences pas forcément très gentilles. D'ailleurs, une personne, au moment de la séance de questions, a posé la question du fait que pour arriver à déterminer la sensibilité des animaux, dans le but de savoir comment les traiter éthiquement, on les charcutait, ce qui n'était pas très éthique. Elle demandait l'avis de Regan et d'autres sur le sujet. Réponse qui ne casse pas des briques de la part de Regan (heu... je ne ferais pas bien meux...) : il est contre le fait de faire ces expériences, mais est pour utiliser les résultats déjà acquis.
3.q. Marc Bekoff et je sais pas trop quoi.
Marc Bekoff est lui aussi un personnage connu. Un peu aspect hippy, ça m'a fait bizarre de voir qu'il a l'air comme moi. Me souviens pas de grand chose qu'il a dit, il me semble que ça avait un côté assez écolo. Une petite défense de sa part de l'anthropomorphisme. Bientôt arrivera, j'espère, le jour où on cessera de considérer systématiquement l'anthropomorphisme comme un péché !
Bekoff je comprenais pas, parce qu'il parlait américain et sans transparents à l'appui. Mais il me semble que de tous, c'était celui qui avait le plus le discours militant vegan. Le discours : il n'est plus temps de rester les bras croisés à accepter de discuter de savoir si les animaux sont sensibles. La question est d'agir pour qu'on cesse de les exploiter sous toutes les formes. >
3.r. Ma question sur la prédation
À la suite de ces quatre interventions, j'ai posé la question de la prédation. Simplement comme étant : ne croyez-vous pas qu'il y ait là un problème ? Et en m'adressant particulièrement à Regan, puisque lui a certaines positions théoriques qui impliquent un devoir d'intervenir contre un prédateur, même si celui-ci est innocent (parce que non agent moral). Regan n'a rien répondu (avait l'air de dormir) ; les autres ont dit que bof. Et Marc Bekoff a répondu que dans toute sa carrière à observer des loups pratiquer la prédation, l'idée ne lui était jamais venue («it never dawned on me») d'intervenir. J'étais content qu'au moins une fois, grâce à mon intervention, l'idée lui était venue.
Par la suite, pendant la pause-repas, une congressiste est venue me féliciter pour ma question. Et elle m'a poussé à venir avec elle pour alpaguer Bekoff sur ce sujet. On est donc allés lui causer, et en le cuisinant on l'a ramolli un peu. Au début il nous sortait que prédation = pas un problème, parce que le loup n'est pas coupable. Nous on lui a répondu que ce n'est pas que l'état de l'agent qui compte, mais aussi la souffrance de la victime. Il a fini par nous dire qu'on avait peut-être bien raison, mais qu'il ne voulait pas parler de ça, parce que ça donnait des arguments à nos adversaires.
J'étais content de ce résultat. Malheureusement, la nana, je n'avais pas bien noté son nom, et je l'ai perdue de vue par la suite. Mais c'était marrant de trouver quelqu'un d'un pays étranger avec qui on était sur la même longueur d'onde sur ce sujet.
Pendant que David s'occupait d'alpaguer Bekoff, je m'efforçais, dans un autre coin, d'alpaguer Regan sur la même question. J'ai attendu interminablement qu'il finisse de causer avec deux personnes qui lui tenaient la crampe. Finalement, ça a été mon tour. J'ai réussi à lui dire que j'avais trouvé étonnant le consensus (parmi ceux qui avaient répondu à la question) sur : la prédation n'est pas un problème. Que je me demandais quelle était sa position. Alors il commence à m'expliquer qu'il n'est pas utilitariste. Moi "oui,j'ai lu vos livres, mais vous dite que nous avons non seulement le devoir de ne pas enfreindre les droits des autres, mais aussi d'agir pour qu'ils ne soient pas enfreints par des tiers". Lui "Mais cette injonction concerner les tiers qui sont des agents moraux". Et là... ben c'était la fin de la pause.
A vrai dire j'ai aperçu plus tard Regan dans le hall vide avec une seule personne qui lui parlait. Parce qu'en fait j'ai raté les deux derniers exposés du vendredi parce que j'étais partie chercher mon appareil photo égaré. Donc Regan s'était dispensé aussi de fin de colloque. En faisant à nouveau la queue, peut-être que j'aurais réussi à poursuivre la discussion interrompue. J'aurais bien aimé savoir s'il lui paraissait satisfaisant, défendable, de ne prêter attention qu'aux torts causés par des agents moraux. Savoir si c'était une chose sur laquelle son opinion était arrêtée ou s'il pensait envisageable de la reconsidérer. Mais j'étais tellement écoeurée d'avoir été incapable de m'expliquer avec Kirkwood que j'ai même pas essayé.
3.s. Christine Nicol, Joy Mench, Bill Swann
Je passe vite sur ces trois interventions (en séances parallèles), intéressantes en elles-même, surtout factuelles, sur les capacités mentales des poulets, sur leur histoire naturelle et leur domestication, et sur les animaux de labeur (les ânes, etc.) utilisés dans le tiers-monde, principalement (90 millions dans le monde).
Noté une remarque de C. Nicol sur le fait que l'imitation est, contrairement à ce qu'on affirme d'habitude, une aptitude complexe, qui exige des fonctions mentales complexes. Ça semble pourtant évident. Pour imiter autrui, il faut identifier autrui comme un autre soi-même, et faire le rapport entre l'image qu'on en a et nos propres postures physiques, qu'on ne visualise pas de l'extérieur !
À partir de ce moment, je n'avais plus la possibilité d'enregistrer, mon mp3 ayant épuisé sa batterie.
3.t. Temple Grandin
Figure très connue aux U.S., comme conceptrice de systèmes d'abattage et de manutention des animaux dans le but de leur causer le moins de souffrances possibles.
Moment émouvant de voir cette personne, elle-même autiste dans son enfance, se donner autant pour éviter aux animaux, auxquels elle s'identifie, de souffrir. Mais aussi, frustration devant le fait qu'elle-même, si j'ai bien compris, n'est pas végé. Et contraste entre le respect que je ressens pour son travail, et le sentiment qu'elle décrivait l'idéal des concepteurs d'Auschwitz. Mais bon, là encore, peu de possibilités d'intervention, d'échange... 3.u. La suite
Je fatigue un peu, là, en rédigeant ce compte-rendu ; et de plus, cet après-midi-là, je fatiguais aussi. Je n'ai pas retenu grand chose, et je crois que les interventions en question n'étaient pas les plus intéressantes.
Noté que le chef de la SPA des États-Unis (HSUS), Mike Appleby, est un végé et l'a dit. Ce qui n'est pas le cas des SPA françaises, j'ai l'impression qu'on en est loin. A parlé de l'état désastreux de la législation étasunienne sur le bien-être des animaux. Il n'existe à ce sujet qu'une seule loi fédérale, celle sur l'étourdissement avant abattage ; loi qui exclut de son champ les poules et autres oiseaux. Quant à la législation des États eux-mêmes, elle est très faible. Il y a surtout des normes que les industriels s'imposent sous la pression du public. Il a noté que c'est bien la demande du public qui a suscité l'apparition d'une offre concernant les oeufs en libre parcours. Semblait moins fermé que d'autres à parler de l'abolition de l'élevage.
Il y a eu aussi les 20 minutes de Keith Kenney, chef de la «Food Strategy» chez McDo UK. Pure langue de bois, exactement le même ton que le professeur musulman de la veille. Je m'attendais à mieux, à autre chose que de la pure propagande.
Une intervention (Tim Lang) sur le thème de la santé, sur le fait que notre alimentation à base de viande produit plein de maladies. Bon. Enfin, ça en faisait qu'une sur les trente, les autres parlaient au moins des animaux (même M. McDo et M. Coran).
Une intervention sur la Chine, encore. 50% des cochons du monde sont élevés en Chine. Une conscience concernant le souci pour les animaux y fait son apparition, malgré des résistances traditionnelles. Les animaux de compagnie deviennent plus fréquents, ce qui va dans ce sens. A mentionné (d'après mes notes) une traduction d'Animal Liberation (Peter Singer) en chinois, mais je pense que ça doit être un projet encore incertain.
Une intervention (David Wilkins) sur l'Europe et le bien-être animal. J'ai eu le sentiment d'y apprendre des choses, il faudra que je retourne voir de plus près. Désolé pour ce soir.
Enfin, une intervention d'un monsieur qui m'a été antipathique, sur l'OIE, organisation de l'ONU pour la santé animale et accessoirement pour leur bien-être. Langue de bois bureaucratique. Une question à la fin lui a été posée, sur les conditions horribles de «destruction» des poulets en Asie suite aux épidémies de grippe aviaire. C'est de sa compétence, mais il n'a rien su répondre d'autre que le fait que leur merveilleuse organisation se penchait sur le problème.
3.v. La fin
Comme événement final, la direction de la CIWF a demandé aux participants de voter par main levée sur une motion dont heu zut j'ai perdu le texte. Mais qui affirmait, si je me souviens bien, le droit pour les animaux d'élevage à vivre une vie satisfaisante et sans souffrances, et aussi (mention ambigue dont je me serais passé, mais bon...) la nécessité de préserver l'habitat des animaux sauvages. Grosse majorité pour, quelques abtentions, quelques contre.
Il restait pas mal de copies de notre texte sur la sensibilité et le «mind/matter», et Estiva les a distribuées aux congressistes qui sortaient.
Moi de mon côté, avec quelques autres, je me suis mis à distribuer des tracts en anglais pour la Veggie Pride, tracs que j'avais apporté pour l'occasion. Ça me donnait l'impression de ramener un peu de militance de rue dans ce congrès un peu trop compassé (surtout vers la fin). Et aussi, surtout, d'amener sans détours la voix du végétarisme, du fait qu'on peut simplement arrêter de manger les animaux, dans ce congrès trop dominé par le consensus sur ce sujet.
Du coup ça a suscité quelques rencontres et discussions plus ou moins agréables avec les congressistes non végé.
Quelques rencontres aussi de gens sur une longueur d'onde plus antispé. Mais rien de merveilleusement extraordinaire.
On a demandé quand allaient être publiés les actes (l'ensemble des textes correspondant aux interventions). C'est pas avant décembre. Dommage. Il reste le livret avec un résumé de chacune des interventions, et aussi avec le résumé de tous les posters. Je n'ai pas encore lu ces derniers ; ni eu le temps sur place, en fait, de regarder les posters eux-mêmes. Mais un rapide coup d'oeil me donne le sentiment d'un catalogue d'horreurs, d'études vivisectrices, ou sur les études pour la meilleur manière de traire les vaches en tenant compte de la rentabilité (beaucoup) et de leur bien-être (un peu), et ainsi de suite.
4. Mes conclusions
J'ai été content d'être allé. Je ne sais pas trop ce qu'il en ressortira, relativement à notre poster/texte, mais je pense que c'est une première graine semée. Je ne sais pas exactement ce que nous ferons sur ce sujet par la suite.
J'ai eu un certain nombre de contacts intéressants, comme celui de Linzey. Et mes camarades aussi en ont eu d'autres, sur d'autres sujets.
Sentiment que la conférence quelque part n'a pas été à la hauteur, de par son manque d'audace, sa complaisance, et le manque d'espaces de discussion. Sentiment de n'avoir pas été non plus à la hauteur moi-même, vis-à-vis de la conférence et de bien des sujets abordés, concernant en particulier la Chine et le Tiers-Monde, où les enjeux en termes de nombres d'animaux tués et de souffrances intenses iront croissant dans les prochaines années ; sujets abordés dans la conférence, trop peu, et auxquels j'ai trop peu été attentif (ne sachant trop quoi en faire).
Par rapport à cette question du tiers monde, j'ai appris qu'il y avait des organisations animalistes "missionnaires" d'origine anglo-saxonne. Je ne me souviens plus les noms. Des gens qui s'installent dans des pays africains par exemple, et qui cherchent sur place à faire changer les comportements, en particulier en ayant une action éducative auprès des enfants.
Enfin, qu'un congrès ait pu réunir autant de monde, avec autant de grosses huiles, pour se pencher simplement sur ce que ressentent des êtres, simplement parce qu'ils le ressentent, sans qu'on leur demande d'être de notre famille ou d'être intelligents ou de manifester une dignité ou une autonomie ou quoi que ce soit d'autre, cela donne le sentiment d'une avancée importante, remarquable. Cela avait aussi un petit sens personnel supplémentaire pour moi. Je suis né et ai vécu jusqu'à l'âge de 11 ans à Londres, pas très loin de l'endroit où se tenait cette conférence. C'est là que j'ai reçu mes premières baffes en raison du fait qu'à l'époque je ne voulais plus manger de viande, par souci des animaux, simplement parce que c'étaient des êtres sensibles. J'étais à l'époque très seul ; mon souci était inouï et ridicule. Là, à deux pas du Parlement, là où les députés avaient ricané lorsqu'au XIXe siècle les premières lois de protection animale avaient été proposées, dans un centre prestigieux, six cents personnes, dont une brochette de penseurs parmi les plus célèbres, des membres importants de comités gouvernementaux et univeritaires et des décideurs industriels étaient réunis, avec des militants de libération animale comme moi, pour commencer à prendre au sérieux ce que ressentent tous ces animaux, à le prendre en compte simplement parce qu'ils le ressentent. Et tous, pendant la durée du congrès, au moins à midi, mangeaient sans viande. Là, ce n'était plus inouï ni ridicule. C'était la conséquence évidente du sujet même de la conférence, conséquence proclamée sans paroles par les organisateurs, et acceptée, bon gré mal gré, par tous les participants. :-)